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:: Seconde chance ::

 
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Vincent
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Inscrit le: 31 Mai 2011
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MessagePosté le: Dim 26 Juin - 16:52 (2011)    Sujet du message: Seconde chance Répondre en citant

Chapitre 1 : Révélation.

L’écran de la télévision était resté noir comme son cœur. Mais après quelques années, il saisit la télécommande et mis une chaîne au hasard. Ce geste, si banal, fut le début du commencement ou plutôt de la fin. Alors qu’il ne croyait pas au destin, ce jour là, il dut bien avouer qu’il y avait quelque chose. Comment avait-il pu avoir envi d’allumer cet écran alors qu’il avait arrêté d’avoir des désirs quelconques depuis six années ? Les images défilant sous ses yeux de néant étaient une émission présentant un scientifique venant d’écrire un livre assez spécial. Le journaliste qui menait l’interview n’était pas très connu. Il était petit, trapu, avec une voix rocailleuse. Ses grands yeux vifs marrons donnaient l’impression qu’il connaissait à l’avance les réponses de son interlocuteur.

« Francis Risano vous venez de publier un essai intitulé la vérité. Pouvez vous nous en dire plus sur ce livre ?
- J’ai longuement travaillé dans un laboratoire personnel pour effectué des expériences ainsi que des théories qui sont désormais fondées. J’ai noté tous mes raisonnements, mon idéologie et mes expériences que j’ai ensuite retranscrit en un livre qui se rapprocherait plutôt d’une encyclopédie révolutionnaire.
- Votre « théorie » semble être à la limite du surnaturel, ne craignez-vous pas que vos lecteurs prennent ces informations à la légère ou pire qu’il pousse votre livre à la dérision ?
- Je dirais que seules les personnes fermées d’esprit et naïves ne prendront pas cette vérité comme un grand changement sur notre connaissance de l’être humain. En effet, cela défie tous ce que l’on a pu apprendre à l’école sur nos capacités physiques. Il est donc d’autant plus important que tout le monde sache ce que nous sommes capables de faire sans même en avoir conscience ! L’homme est une si belle invention de la nature mais il se connaît si mal.
- Il y a dix ans, vous travailliez en collaboration avec d’autres scientifiques. Pourquoi ne pas avoir continuer vos recherches avec eux ?
- Mes collègues, si je peux les nommer ainsi, n’étaient dévoués qu’à l’argent. La cupidité les a détourné du regard qu’un homme de science devrait avoir sur une quelconque découverte. »

Thierry avait intégré la police judiciaire depuis peu. Cependant, seul l’ennui l’accompagnait. Avant d’être embauché, il croyait se retrouver au milieu d’enquêtes compliquées et de casses têtes à élucider. Mais la réalité était tout autre. De petits crimes, rarement de meurtres et jamais au grand jamais de criminels intelligents après qui courir. Alors, les journées passaient lentement. Il avait songé à quitter son travail, mais cela risquait d’être la même chose dans n’importe quel autre domaine. Il était condamné à la lassitude de son train de vie désintéressant. Le bouquin de Francis Risano aller bien pouvoir lui faire passer quelques heures.

« De la bougie à l’énergie nucléaire, du train à vapeur au TGV, du transistor au mp4, du téléphone à cadran à l’iPhone. Notre évolution technologique a été fulgurante. Cependant, nous ne sommes pas le roi de l’espèce. Alors que la science ne devrait pas avoir de limites, nous lui en avons fixée une : le budget. Car une découverte scientifique doit permettre d’enrichir des personnes qui en ont déjà trop dans les poches. Ce milieu est devenu mascarade. Pourquoi n’a-t-on jamais su la raison qui nous fait fermer systématiquement les yeux lors d’un éternuement ? Parce qu’il n’y a là aucun intérêt… Et la curiosité ? Et le savoir ? Eux non plus sont sans intérêts ? »

Dans un amas de débris, il lisait le livre. L’odeur fétide de son appartement ne l’avait jamais déranger. Il y était habitué depuis bien longtemps. Il y avait à peine la place de s’asseoir sur le canapé troué recouvert de déchets, de restes de nourriture, de papiers de bonbons à la menthe, de boîtes de conserves, de vieux paquets de cigarettes ainsi qu’une casserole sale et rouillée. Le sol lui aussi était enseveli. On ne savait plus très bien si le linge marron était un vêtement sale ou un bout de moquette presque épargné. Des chaussettes aux odeurs de fumiers, des baskets qui crachaient des moutons, des tickets de caisse, un lacet mâchouillé, de vieux journaux imbibé d’un liquide jaunâtre qu’il ne valait mieux pas identifier… Les fenêtres laissent à peine entrer la lumière. Pourtant, la crasse qui recouvrait les vitres provenait uniquement de l’extérieur. Son habitat était le reflet de ce qu’il était devenu. Lorsque Galina était partie, il avait arrêté de vivre. Il n’était plus qu’un mort respirant des brisures de verre.
Après sa lecture, quelque chose avait changé. Il savait désormais qu’il n’était pas fou. Même si au fond de lui-même il l’avait toujours su. Il avait cessé d’exister depuis si longtemps alors qu’il avait un devoir à accomplir. Les pions étaient déjà placés, il ne lui restait plus qu’à lancer les dés. Après une nuit de plusieurs années, son réveil allait sonner dans une pharmacie, et, sa vie recommencerait là où il l’avait abandonnée.

« Nous avons tous droit à une seconde chance, nous avons même droit à une multitude de secondes chances, mais nous n’en avons pas conscience »

Chapitre 2: Le test

Son aspect de mendiant aux odeurs nauséabondes n’inspira guère les passants qui le regardaient de façon méprisante. Cependant, il ne s’en souciait pas. Cela faisait une éternité que le regard des autres ne l’embarrassait plus. Il n’était pas là pour plaire, seulement pour agir. Il entra dans la pharmacie. Il n’y avait qu’un seul client. Ce dernier lui jeta à peine un regard écoeuré avant de crier contre la pharmacienne qui n’allait pas assez vite à son goût. Quant à lui, il attendait patiemment son tour. Des épis avaient été semés hasardeusement sur son crâne. Même s’ils n’avaient pas été arrosés depuis des lustres, cela ne les avaient pas empêchés d’atteindre le milieu de son tronc. Ses yeux gris pâles, longtemps restés pleureurs, étaient surmontés de deux épaisses broussailles noires. Des herbes folles étaient disséminées un peu partout sur ses joues et sur son menton pointu. Au centre de ce jardin mal entretenu se trouvait un petit monticule crochu, sous lequel s’étaient entassé quelques mucosités séchées. Les ruissellements des torrents causés par une saison des pluies trop longue avaient créés de profondes rides sur son front. La souffrance et l’érosion transportées par des vents glacials avaient marquées à jamais son visage et l’avaient fait vieillir prématurément. Lorsque le client impoli sortit, l’homme repoussant s’avança lentement et déposa une liste de médicament devant la jeune pharmacienne. La vendeuse de remède lu rapidement la liste. Son sourire se figea, elle jeta un coup d’œil déconcerté à son étrange client.
«« Je m’en doutais » qui n’a jamais prononcé cette phrase ? Combien de fois un élève a su exactement quel chapitre, quelle phrase réviser pour son prochain contrôle ? Ne vous êtes vous jamais surpris à répondre juste à une question ou à une énigme ? Combien de personnes se sont elles réveillées un matin de mauvaise humeur comme si elles savaient à l’avance qu’elles passeraient une mauvaise journée ? Une intuition ? Un pressentiment ? Et si c’était un peu plus que ça ?

Les exemples sont nombreux. Pourtant personne n’a jamais essayé d’élucider le mystère des intuitions. La réponse n’est pourtant pas aussi complexe que l’on pourrait le croire. Il ne s’agit bien évidement pas du facteur chance. Personne n’est capable de prédire l’avenir. Mais tout le monde est capable de se souvenir de ce qu’il a fait la veille… »

« Avez-vous une ordonnance ?
- Non.
- Je suis désolée, je ne peux pas vous vendre ces médicaments. La plupart sont des produits pour des maladies graves avec des effets secondaires plus que désagréables. D’ailleurs n’importe quel médecin vous dirait qu’on ne doit pas les prendre en même temps.
- Ils ne sont pas tous pour moi. J’en ai vraiment besoin.
- Je ne suis peut être qu’une étrangère à vos yeux, mais je peux vous aider.
- Non.
-J’ai une amie qui travaille dans le social, je vous laisse son numéro. Appelez là avant de songer au pire…
- Si vous voulez m’aider fournissez moi tout ce que je vous demande !
- Je ne peux pas et même si je le pouvais je refuse de vendre ces médicaments ensemble à une personne qui semble si malheureuse.
- Votre pitié m’écoeure. »

Avant de sortir il jeta un rapide coup d’œil au magasin. Il reviendrait. Il se fichait d’être remarqué car il savait que s’il y avait un lendemain personne ne se souviendrait de lui. Il rentra donc dans sa décharge en attendant que la nuit tombe. Pour ne pas perdre son temps il relu le livre de Francis Risano espérant y trouver des informations utile pour sa quête.

Le côté de jeune nouveau n’aidait guère Thierry à s’intégrer à l’équipe de policiers. Déjà qu’il n’y avait pas de travail assez stimulant pour ce dernier, ses collègues lui laissaient la salle besogne. Paperasse, plainte d’une vieille femme paranoïaque, paperasse puis encore un peu de paperasse… Alors il attendait avec impatience le soir. Mais pour la première fois il était d’astreinte, ce qui signifiait, qu’avec la chance qu’il avait, il ne passerait pas une nuit complète. Il y aurait forcément un môme élevé par des parents laxistes qui ferait un peu de tapage nocturne.

23h30. Il était temps. Il enfila un pull noir, remplit son sac à dos du nécessaire puis se dirigea vers la pharmacie. Il n’y avait pas un chat. Il était aussi détendu que s’il se préparait à une bonne sieste. Pourtant, il n’avait jamais volé. Mais lorsque notre vie devient une charge trop lourde et qu’il n’y a plus aucun moyen d’alléger le poids du fardeau, la peur n’a plus raison de nous. Plus on est heureux, plus on est comblé, donc plus on a peur de perdre ce qui fait notre bonheur. Lui, n’avait plus rien à perdre depuis plus de six ans. Alors d’un pas tranquille, une grosse pierre à la main, il alla mettre en miette la porte vitrée du magasin. Les éclats de verre s’éparpillèrent tout autour de lui. Il n’y prêta pas attention et s’agenouilla dessus pour soulever les volets à l’aide d’un pied de biche. Arrivé à l’arrière boutique, il commença à fouiller. De grandes étagères grises l’entouraient. Elles étaient toutes remplies de casiers sur lesquels étaient collés des étiquettes blanches indiquant le type de médicament qu’ils contenaient. Le travail facilité par ce rangement ordonné, il trouva rapidement ce qu’il cherchait. Il emplit son sac puis repartit aussi tranquillement qu’il était arrivé.
Ca n’avait pas loupé ! Thierry fut réveillé par un son aigue. Quelqu’un était entré dans une pharmacie par effraction. Il sortit difficilement de son lit, enfila sa tenue qu’il avait préparée à porté de main. Puis il sauta dans sa voiture de fonction. Arrivé à destination, il vit un Robinson Crusoe sortir du bâtiment un sac à dos à la main. Mais lorsque l’homme aux cheveux longs aperçu la voiture du policier, il partit à toute allure dans une petite ruelle où le véhicule ne pourrait pas passer. Grommelant en sortant de sa voiture, Thierry s’élança à sa poursuite. Le policier, pas très futé, n’aperçut personne dans la ruelle. Il continua sa course. Au fond à droite il y avait une autre petite rue. Il l’a pris et se retrouva dans une impasse. Quand Thierry comprit qu’il s’était fait piéger, il était déjà trop tard. L’homme qu’il poursuivait s’était caché dans une poubelle et s’était enfui dès que la voie était libre. Traînant des pieds, le jeune policier retourna se coucher tout en redoutant le moment où il devrait expliquer ce qui c’était passé à ses collègues.
« Avec le temps, l’homme a perdu son instinct de survie. C’est pour cela que nous ne sommes pas conscients de notre don et que mes dires paraîtront saugrenus pour, hélas, la majorité d’entre vous. »
De retour chez lui, il entreprit son expérience. Il n’avait plus de matériel de chimiste chez lui depuis belle lurette. Seulement quelques fioles. Muni de casseroles, d’une cuillère, d’une fourchette et d’un thermomètre, il transforma les médicaments volés en un liquide opaque. Il avala trois cuillères à soupe du mélange. Quelques secondes plus tard, il gisait inconscient sur le sol.
« Dans une vie, on ne meurt pas une fois, mais une multitude de fois »
Il se réveilla sur son divan avec le sourire. Mais sous le poids du souvenir de Galina, ses lèvres attristées recouvrirent rapidement ses dents jaunâtres. Son expérience avait fonctionnée comme il le souhaitait. Il avait la clé. Cependant il lui restait encore trois portes en fer forgé à ouvrir. Avant de commencer quoi que ce soit, il se devait de ranger le capharnaüm dans lequel il vivait depuis trop longtemps. Avant que Galina ne soit plus, il avait entreposé quelques documents pour sa quête. Et après de longues heures de ménages il finit par retrouver ce dossier.
L’appartement était devenu presque vivable. Le canapé était troué et taché mais désormais on pouvait s’asseoir dessus. La moquette jadis verte, ne sentait toujours pas la rose, mais on pouvait marcher pieds nus dessus sans danger de tomber sur quelque chose de désagréable. Les fenêtres laissent un peu plus entrer le soleil dans la pièce. La télé nettoyée souriait presque. Il pouvait s’atteler à sa lourde tâche. Dans son dossier, il y avait de fausses ordonnances. Il les avait complètement oubliées. Il pouvait donc se rendre dans la même pharmacie que « la veille ».

Pour la première fois, Thierry était d’astreinte, ce qui signifiait, qu’avec la chance qu’il avait, il ne passerait pas une nuit complète. Il y aurait forcément un môme élevé par des parents laxistes qui ferait un peu de tapage nocturne.

« Alors que l’on pense être l’animal le plus évolué de la planète, les autres mammifères nous dépassent aisément sur un point. Ils connaissent et utilisent ce don que nous avons délaissé puis oublié.

Vous souvenez-vous de ce terrible tsunami au Sri Lanka en décembre 2004 ? Ce terrible désastre a causé la mort de plus de 200 000 personnes. Aucun être humain n’a pu prévoir ce drame à l’avance. Pourtant tous les animaux se sont agités et ont tenté de fuir loin des côtes maritimes bien avant l’arrivée de la vague géante dévastatrice. On a alors parlé d’un sixième sens. Mais en réalité, ils avaient, comme nous, déjà vécu la catastrophe, et, contrairement à nous, ils s’en souvenaient parfaitement donc ils ont tous fait pour tenter d’y échapper !»

La pharmacie était au coin de la rue. Sa devanture était assez vieillotte. Les horaires d’ouvertures étaient notées sur la porte vitrée pleine de traces de doigts. Il croisa le client antipathique de la veille qui ne lui accorda pas même un regard. Il faut dire qu’il était méconnaissable. Les épis et les herbes folles avaient été fauchés et longuement arrosés. Les mucosités avaient disparus. Les deux broussailles au dessus de ses yeux avaient été taillées. Son tronc se dressé droitement et solidement. Son feuillage était propre et verdoyant. Il était un arbre au premier mois du printemps dont les bourgeons étaient prêts à éclore. Mais les fleurs qui allaient naître seraient noires et ne dégageraient aucune odeur.
Il renouvela le liquide mortel de la veille et le versa dans trois fioles. Il les rangea avec précaution dans sa sacoche. Ainsi elles seraient toujours à ses côtés.

« Lors d’un incident mortel, nous revivons la dernière journée passée et nos intuitions nous guident pour ne pas réitérer la même erreur qui, une seconde fois, nous serait réellement fatale. »



Chapitre 3 : Le projet.

Thierry se réveilla satisfait d’avoir pu faire une nuit complète. Il enlaça sa femme. Elle n’était pas très belle. Son visage, quelque peu boursouflé, était un peu trop rond. Il ne mettait pas en valeur ses jolis yeux verts. Ses lèvres semblaient avoir été siliconées. Et c’est à peine si elle dépassait les 1m50. Elle était éperdument amoureuse ce qui la rendait belle aux yeux de son mari. Lui, il se sentait bien avec elle. Mais ce n’était pas de l’amour. C’était plutôt un arrangement pour que ça vie soit moins fade. Et comme ça n’avait pas vraiment marché, ils avaient fait un enfant. Un petit garçon qu’ils avaient nommé Emile. Il ne parlait presque jamais de son travail à sa femme. Il n’y avait rien à dire. Les rares anecdotes qui accompagnaient Thierry au travail, elle les connaissait toutes par cœur. Mais ça allait bientôt changer…
Installé sur son canapé un calepin à la main, il élaborait son plan. Il ne pouvait pas foncer tête baissée, même avec son don. Dès qu’il y inscrivait une nouvelle idée ingénieuse, il avait le sentiment que Galina était près de lui qu’elle le regardait faire. Il se souvenait si bien d’elle. Tous ses traits physiques, son caractère, son rire. Elle avait de magnifiques boucles blondes parfaitement imparfaites. Rarement bien coiffée, toujours splendide. Il se souvenait d’elle dans sa robe bleue qui lui allait à ravir. Elle avait la joie de vivre. Une journée avec elle ne pouvait être accompagné que par des sourires. Et lorsqu’elle riait aux éclats, elle dévoilait ses belles dents blanches écartées. Chaque regard de tendresse qu’il avait offert à Galina lui avait été rendu comme une bénédiction. Mais son paradis, son idylle n’était plus. Les démons de ce monde cruels avaient eu raison d’elle. Il ne pourrait plus jamais être heureux. Et pour que justice soit faite, il allait devoir travailler aux côtés de lucifer.
« Le culte du plaisir, et le besoin de confort nous ont fait perdre les bases essentielles de notre existences. »
Pendant sa pause, plutôt que de faire plus ample connaissance avec ses collègues, Thierry lisait le livre de Francis Risano. Lucie, sa supérieure, ne put s’empêcher de se moquer des lectures de ce dernier. Elle avait une cinquantaine d’année et était quelqu’un de pragmatique et terre à terre. Alors elle ne pouvait que trouver les théories de ce scientifique loufoque. Elle n’appréciait pas Thierry, elle trouvait qu’il mettait trop de mauvaise volonté dans son travail et que jamais il serait capable d’élucider une affaire importante. Après quelques moqueries de trop, il préféra fermer le livre et jeta un regard noir à sa patronne.
Il avait prévu trois étapes différentes : « L’élixir de la fouine» ; «L’envol de la cigale » ; «Le supplice du crapaud ». Mais avant tout il lui fallait une signature…
« Ceci n’est qu’hypothèse, mais selon moi, un déclic pourrait permettre à certains de se souvenir de la journée qu’il revive. Ce déclic est forcément lié à un moment clé et psychologique de la vie de l’individu. »
Son papa était un monstre et sa maman était faible. Lui, tout petit, était impuissant. Alors il subissait les cris de sa maman pendant que son papa la tapait très fort. Ca arrivait après que son papa est trop bu de jus de raisin. Il était caché sous son lit et pleurait jusqu’à ce que sa maman vienne dans sa chambre pour lui faire un gros câlin. Mais quand elle venait son visage était tout rouge. Ses lèvres étaient toutes gonflées et des fois elle ne pouvait même pas ouvrir son œil. Un jour, où sa maman criait encore plus fort que d’habitude, elle arriva dans sa chambre. Elle avait très peur. Elle lui dit de s’enfuir, que papa était méchant et qu’elle refusait qu’on fasse mal à son fils. Mais il aimait sa maman très fort. Et il ne voulait pas la laisser seule. Il voulait se montrer fort pour la protéger comme un adulte. Mais ce n’était qu’un tout petit garçon. Et quand son papa est arrivé, il était paralysé par la peur. Il a frappé sa maman. Elle criait. Il frappait et ne s’arrêtait plus. Elle hurlait puis ne fit plus un bruit. Elle ne bougeait pas. Alors le monstre c’est approché de lui. Il pleurait. Il s’est fait taper très fort. Puis il n’y a plus rien eu. Ce jour là, il n’y eut pas que du jus de raisin qui coula…Mais ça ne se termina pas par deux homicides. Demain c’était la même journée qu’hier. Et comme le cauchemar recommençait depuis le tout début, il n’essaya pas de sauver sa maman. Parce qu’il ne le pouvait pas. Alors il s’enfuit. Et quand sa maman ne cria plus, il su qu’elle était partie pour toujours. Alors il pleura comme il n’avait jamais pleuré. Et longtemps plus tard, un grand policier est venu le chercher. Le monsieur s’est bien occupé de lui et il lui a trouvé un nouveau papa et une nouvelle maman. Ses nouveaux parents étaient gentils mais il n’oublierait jamais son ancien méchant papa.
Sa vengeance se faisait belle. Et c’est dans la plus splendide des tenues qu’elle allait apparaître. Elle serait divine, majestueuse. La faucheuse ne pourrait que tomber sous son charme. Sa vie avait été injuste, et c’est dans le sang qu’il la comblerait à nouveau.
Thierry rentra du travail las et fatigué. Son fils l’attendait avec un grand sourire et lui sauta dans les bras. Il l’embrassa mais le cœur n’y était pas vraiment. Il aimé son fils, mais pourtant il ressentait cet éternel mal-être.

Chapitre 4 : Le marais aux sables mouvants.

Avant qu'il ne perde la raison, avant que tous ses espoirs ne soient plus que profonds soupirs, il s'était mis à croire en Dieu. Lorsque Galina était à l'hôpital, il aurait fait n'importe quoi pour elle. Mais son acharnement, son désir à la voir sourire une nouvelle fois était vain. Galina était partie loin de lui, sans même le regarder une dernière fois. Elle l'avait laissé comme un misérable. Quand elle a perdu la vie, il a perdu la sienne. Lorsqu'elle agonisait, lorsqu'il priait avec son cœur déchiré de souffrance, tous croyaient voir le crapaud qui avait déplumé l'ange finir derrière les barreaux. Mais le procès qui suivrait serait la plus belle mascarade de tout les temps.
« Comme tout scientifique qui se respecte, il fallait que je prouve mes dires. C’est pour cela que j’ai mis au point une expérience pour prouver mes dires. Je vais vous expliquer pas à pas comment j’ai procédé. Si vous ne croyez pas au résultat écrit de mon expérience, vous croirez peut être au résultat visuel. En effet, j’ai pris la précaution de tout filmer et de les diffuser sur mon site officiel. »
Le crapaud qui était accusé n'avait pourtant absolument rien de potentiellement innocent. Tout l'accablait, sa tête griffée, les témoins l'ayant vu s'enfuir, sautant de nénuphar en nénuphar, les dernières paroles de la princesse aux boucles dorées qui décrivaient le batracien. Mais la nature humaine est ainsi faite, la justice n'a ni la même valeur que l'argent ni celle du prestige. Derrière ce procès, des enjeux politiques furent la cause de cette pitoyable injustice.

« Pour effectuer une expérience, il faut d’abord partir de deux points identiques. Puis ensuite on modifie l’un des deux pour pouvoir observer les différences que cela occasionne puis ensuite faire une conclusion scientifique. Mes points de départ étaient deux cages à souris dont les habitantes provenaient de la même portée et du même sexe. J’ai tout mis soigneusement en place pour que tout soit semblable. De la litière du rongeur, à l’exposition en plein sud de la cage dans la pièce. Je n’ai laissé aucune place au hasard. Chacune des cages était positionnée sur une tablette dans une salle différente. Bien sur les deux pièce de mon laboratoire sont sensiblement les mêmes. Les souris ont été ensuite conditionnées à un train de vie chronométré durant quatre vingt jours.
Les animaux n’ont pas la même perception que nous. Ils ressentent et réagissent au stresse, à la peur, à l’excitation des être vivants. Alors pour qu’aucun sentiment ne fausse l’expérience, il m’a fallut acheter deux petits androïdes identiques. Les deux êtres mécaniques s’occupaient simultanément des deux bêtes. Tous les jours à onze heures, ils les nourrissaient. Et tous les trois jours il les changeait de cage. Ainsi, les souris furent très vites habituées à être manipulée par ces robots. »

Le juge avait des allures de fouines, les pâtes courtes, le regard vicieux et les dents pointues. La fouine d'ordinaire solitaire paressait pragmatique et incorruptible. Cependant le crapaud qui comme tous les crapauds avait dans sa famille blaireaux et putois avait également la chance d'avoir une cigale parmi les siens. Ce fut ensuite au règne animal de lancer la machine. Le crapaud pouvait manger la luciole en un coup de langue et la fouine pouvait mordre le crapaud mais risquait de se faire intoxiquer par le poison sortant de ses verrues. La cigale qui chantait de façon fabuleuse avait peur de se faire avaler par le crapaud. Alors pour éviter l'effusion de son sang, elle décida de chanter pour vaincre ses craintes. Comme il est toujours mieux de faire les choses à deux, elle fit chanter la fouine pour mieux la manipuler. La nature n'est pas aussi bien faite qu'on le prétend. La loi du plus fort implique la chute des plus faibles. La chute des faibles engendre l'impact de ceux qui se trouvent au centre.
La cigale était haut placée dans la politique. Elle avait trouvé une superbe et confortable place dans un lys blanc. Les grosses bavures de son neveu le crapaud lui feraient perdre toute crédibilité et notoriété. Ce qui à long terme ferait tomber son piédestal pétale par pétale. Pour ne pas que ça arrive, il fallait qu’elle fasse chanter la fouine. Le carnassier était une proie facile. Il adorait la chair et se laisser souvent allé avec de délicieuses minettes traînant sur le trottoir. Quelques photos et quelques témoignages de la cigale auraient suffit à réduire à néant la vie confortable de la fouine. De plus l'insecte, trop bien placé, pouvait facilement la discréditer et la faire renvoyer. Ajouter à ça une jolie somme en euros, elle ne pouvait qu'accepter. Pourquoi donc se soucier de Galina qu'il n'avait jamais vu de sa vie et pour qui il était déjà trop tard. Les remords ? Bien sûr que non ! Quelques remords n’étaient rien comparés à la vie misérable qui l’attendait si il ne faisait pas ce qu’on attendait de lui. Qui aurait cru qu'une cigale était plus fourbe qu'une fouine ?

« Au bout de quatre vingt jours l’expérience a enfin débuté. La vie des deux souris a finalement différée. Comme tous les trois jours, les deux rongeurs ont été changés de cage. La souris A a été mise dans un habitacle sain tandis que celui de la souris B a été emplie de monoxyde de carbonne. Ce gaz est indétectable, inodore, incolore et mortel. Du côté de la souris A, il n’y a aucun problème tout se déroule comme à son habitude. Son rythme cardiaque ne change pas. Par contre la souris B s’agite avant même que le robot ne l’attrape. Et quand elle est capturée dans des mains de métal elle parvient à s’échapper. Son rythme cardiaque a pratiquement doublé. Pourquoi ce soudain changement de comportement alors que la souris B n’a jamais posé de problème de la sorte ? »

Même l'avocat du crapaud ne niait pas la culpabilité de son client. Il tenait simplement à réduire sa peine au maximum. Quand le juge se prononça, le silence accabla la salle. Les gens étaient tellement abasourdis qu'ils restaient littéralement sans voix. Le juge annonça qu'il n'y avait pas assez de preuves et que les accusations venant de Galina même ne pouvaient être pris en compte. Car cette dernière l'avait accusée avant de tomber dans un profond coma. Elle était encore en état de choc lorsqu'elle avait désigné le crapaud. Le traumatisme dû à sa terrible expérience aurait très bien pu troubler son jugement ou lui causer des problèmes psychologiques lui ôtant tout discernement. Tant qu'elle ne sortait pas du coma et qu'aucun psychologue ne confirmerait un état mental sain le crapaud ne pourrait être incriminé.
A ces mots, il perdit tout contrôle de lui-même. Toute la souffrance, toute la colère, toute la haine qu’il gardait au fond de lui implosa en des milliers d’éclats tranchants. Sa douleur morale était telle qu’elle lui martelait le ventre. A genou, il hurlait des insultes. A genou, il suppliait la justice. A genou, il perdit tout espoir d’être à nouveau heureux. Dressé devant une centaine de regards furieux, la fouine n’osa pas regarder l’homme qui n’arrivait plus à soutenir son malheur sur ses épaules. Tous les spectateurs étaient levés devant les bancs en orne inconfortables comme pour montrer leurs indignations. Les petites fenêtres blanches laissaient passer quelques rayons de soleil. Le grand astre se fichait bien de ce qui se tramait. Il brillait de tout feu, pourtant il jalousait le crapaud qui semblait encore plus lumineux. Tout le monde avait remarqué le grand sourire du crapaud. Le coin de ses lèvres était monté jusqu’à ses yeux. Sa bouche rouge et ses grandes dents blanches étaient assorties aux murs recouverts d’une tapisserie à motifs bicolores. Il était hideusement heureux.
Lorsqu’il eut assez de force pour se relever, il aurait tellement voulu avoir une arme. Il les aurait tous tués ces monstres ! Tous ces gens qui le regardaient impuissants. Il leur aurait bien transpercé les yeux ! Pour que plus jamais un seul regard de pitié ne se pose sur lui. Mais il n’était pas armé, il était nu, il n’avait plus rien. Ecorché vif de souffrance, il ne pouvait plus rester ainsi. Alors il se jeta sur le juge. Il voulait le frapper à mort, puis tuer lentement le batracien dont le visage enjoué le plongeait encore plus dans la rage. Mais on l’en empêcha. Deux policiers le mirent à terre difficilement. Il hurlait qu’il allait tous les tuer. Il pleurait l’injustice. Les deux hommes de main, affligés par la tournure du procès, firent sortir l’homme désespéré du tribunal.

Le résultat de l’expérience est plus que probant. La souris B a tout fait pour sauver sa vie. Pourtant aucun de ses sens ne pouvait détecter le monoxyde de carbone. Et même si elle le pouvait, la souris s’est agitée avant même de s’être approchée de la cage toxique. . On ne peut pas mettre l'agitation de l'animal sur le compte du temps, car le climat n'avait rien de défavorable. Et si la météo avait dérangée la souris B pourquoi n’aurait elle pas eut d’influence sur la souris A ? L’explication est simple. La souris A ne craignait pas de mourir tandis que la souris B savait que s’il elle ne faisait rien elle périrait. Il s’agissait simplement de son instinct de survie. »

L’aléa de sa triste vie, fit que le lendemain du jugement Galina s’envolait aux pays des anges. Il se retrouvait seul. Il n’avait plus envie de se battre car s’était perdu d’avance. Alors il se suicida, il avala deux boîtes de médicaments. Mais quand il revint à lui pour sa seconde chance, il décida qu’il ne méritait pas de ne plus souffrir. Il aurait du empêcher la mort de Galina. Il était responsable. Il devait donc payer par sa douleur. De plus, il ne devait pas laisser le crime de Galina impunis. Alors il essaya de vivre pour elle. Il se renseigna et récupéra de nombreuses informations. Mais il finit par se lasser de ne pas avancer ou se lasser de vivre. Et même s’il n’avait pas accompli sa tâche, il resta un déchet dans son appartement, se nourrissant juste du nécessaire pour subsister. Il respirait mais n’existait plus.

« L’expérience peut être renouvelée des dizaines et des dizaines de fois le résultat sera le même. Comme tous les mammifères de cette planète, nous avons une seconde chance. Notre vie n’est pas si éphémère... »

Chapitre 5 : Piège à appât carné.

Ce fut les vices de la fouine qui lui porta préjudice. Alors ce serait grâce aux bassesses de l’animal, qu’il le piègerait. N’étant pas le genre de chair que déguste une fouine, il devait être aidé par une femme. L’idée lui déplaisait au plus au point. Mais sa vengeance devait être belle. Et pour cela il était prêt à tout. La première et seule femme qui lui vint à l’esprit pour l’aider fut Fannie, une ancienne collègue de travail. Quand sa vie était parfaite, elle faisait partie de ses amis les plus proches. Mais après la mort de Galina, il avait coupé les ponts avec elle comme avec tous les autres. Elle travaillait toujours en tant que chimiste. Il décida de l’y attendre. Si ses horaires n’avaient pas changée, elle devait terminer à dix huit heures.

« Ne pas avoir conscience de notre don, est pour moi une bénédiction. Car si l’homme se souvenait des journées qu’il revit, ce serait la fin de l’humanité. L’homme ne serait plus capable de se maîtriser.»

Lorsque Fannie l’aperçut, elle resta bouche bée. Elle se demanda si c’était bien lui. Quand elle croisa son regard, elle n’eut plus un seul doute. Elle avança rapidement vers sa direction et l’étreignit amicalement.

Alors qu’il venait juste de terminer le livre de Francis Risano, Frédérique, le mari de Lucie, vint discuter avec Thierry.
-Je sais que Lucie ne t’a pas à la bonne en ce moment. Tu devrais lui montrer qu’elle à tord et te bouger un peu plus.
- A quoi bon. Elle ne peut pas me supporter. Elle pense que je ne suis qu’un jeune écervelé.
- Raison de plus pour te donner à fond dans ton travail et montrer que tu vaux mieux que ça ! Et puis il va bientôt y avoir un départ à la retraite. Il va donc y avoir un poste plus intéressant à pourvoir.
- Lucie ne risque pas de me laisser la place ! Elle préférera prendre un des autres lèches bottes.
- Peut être que si j’appuis en ta faveur et que tu ais fait quelque chose de bien dans ton boulot elle changera d’avis.
- Pourquoi tiens tu à m’aider ?
- Disons qu’un lecteur de Francis Risano ne peut pas être aussi stupide que le pense ma femme.
- Tu l’as lu ?
- Bien sûr. C’est un livre très instructif…

Une promotion, il aurait bien aimé l’avoir. Il avait un petit garçon et un crédit pour sa maison à rembourser. Un meilleur salaire ne ferait pas de mal. Mais malgré les encouragements du mari de sa supérieure, il n’y croyait pas vraiment. Il voulait bien essayer de s’activer, mais le seul fait de penser à ce qu’il avait à faire pour la journée l’ennuyait.

Il avait invité Fannie à prendre un verre. La dernière fois qu’il était allé dans un bar s’était accompagné de Galina. Un des derniers moments passés avec sa beauté sans larmes. Elle avait commandé un milk-shake à la banane, c’était son pécher mignon. Son splendide sourire avait encore une fois illuminé sa journée. Comment aurait il pu savoir que ça finirait ainsi ? Elle ne le méritait pas, il ne le méritait pas.

« Sommes-nous capable de nous contenir devant n’importe quel événement ? »

- Je pensais ne plus jamais te revoir se réjouit Fannie.
- Je suis là. Après six longues années lui répondit-il.
- Je suis heureuse de te revoir ! J’avais peur de ne plus jamais entendre parlé de toi. Je suis également soulagée de voir que tu as réussi à ne pas sombrer dans le désespoir malgré toutes les épreuves que tu as enduré. Je suis là pour toi, comme une amie.
- Tu te trompes. Je suis désespéré. Je ne serais plus jamais heureux. On m’a enlevé tout ce qui comptait à mes yeux. D’ailleurs ce ne sont pas des épreuves que j’ai endurés mais un supplice ! Et j’y suis encore en plein dedans !
- Tu as coupé les ponts avec tout le monde, tes amis, ta famille. Tu aurais du…
- Ne me dit pas ce que j’aurais du faire ! Hurla-t-il. Tu ne sais rien de la souffrance que c’est. Les remords, les regards de pitiés. Je ne pouvais plus rien supporter.
- Mais maintenant tu as refais surface ! Et je suis là pour te soutenir. Le temps a passé, si tu es prêt pour un nouveau départ, je suis prête à t’aider !
- J’ai l’impression de parler à un mur. Tu n’as rien compris ou quoi ? Je ne peux refaire ma vie. Je veux venger Galina ! Et j’ai besoin de toi pour ça ! En tant qu’amie tu me dois bien ça.

Fannie eut un comme un élan d’empathie. La douleur et la haine de son ancien collègue la fit suffoquer. Elle essaya de lui expliquer qu’elle ne pouvait pas l’aider à commettre des meurtres. Mais quoi qu’elle dise, elle ne pouvait l’empêcher d’arrêter cette folie. Il était cramponné à son malheur et ne voulait s’en décrocher car selon lui il était fautif. Alors cette douleur était pénitence tant que lui-même n’aurait pas fait justice.

« La nature est cruelle. Revivre sa dernière journée quand on ne peut rien y changer est une forme de torture. »

Garder son calme. C’était bien une des seules qualités de Thierry. On ne l’avait jamais poussé à bout, il avait toujours réussi à garder son sang froid. Belle qualité pour un policier. Mais en contre partie, il était pantouflard, fainéant, démotivé et lâche. Alors qu’une chasse à l’homme allait bientôt être lancée, Thierry ne semblait pas être à la hauteur de ce qui allait suivre…

-Tu es folle de croire un instant que je peux à nouveau vivre sereinement ! Je ne peux pas ! On m’en a empêché ! On m’a enlevé la seule personne qui avait le don de m’apaiser. La seule qui faisait de moi quelqu’un de respectable. La seule qui m’a donné envie d’exister ! Et tu crois que ça va me suffire ! Que je vais en rester là ! Tu es pitoyable et si naïve ! Réveilles-toi ! Sors de ton conte de fée ! L’homme est cruel ! Et je serais cruel comme on l’a été envers Galina ! Je les tuerais tous ! Tu ne veux pas m’aider ? Trop conne pour ne croire qu’en la bonté des gens ! Trop conne pour ouvrir les yeux ! Alors toi aussi tu crèveras ! Tu crèveras comme les autres ! Tu ne mérites pas plus ! C’est ça être une amie ? Je ne veux pas de ta misérable pitié déguisée en amitié. Tu es pitoyable !
Il avait tant de haine en lui qui ne su se contenir. Il perdit totalement le contrôle de lui-même. Il détruisit tout ce qui l’avait sous les yeux. Les verres, les chaises, la table. Et sous le regard apeuré et navré de Fannie, il criait son horreur. Toute la haine qu’il avait en lui s’évacuait par tous les pores de sa peau. Il n’était plus lui-même. Il était habité par sa rage. Il n’était pas furieux, il était la colère même. Il rentra chez lui et prit une douche glacée pour le calmer. Il ne pouvait pas se permettre de perdre son alliée ainsi. Sans Fannie son plan était compromis. Alors il prit sa fiole de poison et la bu d’une traite.

« Un mensonge sera toujours plus crédible au second essai qu’au premier. Pourrait-on en déduire que les meilleurs menteurs sont « morts » plus souvent que la moyenne? »

Il se réveilla avec une terrible migraine. Peut être un effet secondaire dû à « sa mort ». La sincérité ne marche jamais dans un monde d’hypocrites peureux. Alors il décida d’inventer une histoire sur un fond de violon. Fannie n’était pas très maligne, il ne serait pas trop dur de la manipuler.
-Je pensais ne plus jamais te revoir se réjouit Fannie.
- Je suis là. Après six longues années lui répondit-il.
- Je suis heureuse de te revoir ! J’avais peur de ne plus jamais entendre parlé de toi. Je suis également soulagée de voir que tu as réussi à ne pas sombrer dans le désespoir malgré toutes les épreuves que tu as enduré. Je suis là pour toi, comme une amie.
- Je t’en remercie. Ca fait chaud au cœur de voir que tu es encore là pour moi malgré mon absence durant autant de temps. Il fallait que je parte pour reprendre confiance en moi. Je t’ai fait subir ma peine, j’en suis désolé.
- Ce n’est pas à toi de t’excuser. Je n’ai pas su t’épauler comme il le fallait.
- Cependant si je venu te voir, je dois t’avouer que ce n’est pas simplement pour reprendre contact. J’ai un important service à te demander. Ca me permettra de recommencer une nouvelle vie.
- Comme je viens de te le dire, je suis là pour t’aider ! Répondit t’elle naïvement
- J’ai reçu une lettre très touchante du juge dans laquelle il s’excusait pour le mal qu’il m’avait fait. Je voulais lui répondre, mais il n’a laissé aucune adresse. Et comme tu peux t’en douter, après que je lui ai proféré des menaces de morts, je ne pense pas qu’il me laisse l’approché, même après les quelques mots qu’il m’a écrit. Et donc c’est pour ça que j’ai besoin de toi.
- Et tu veux que je fasse comment ? Que j’aille le voir au tribunal ? Je crains qu’il ne m’accorde une seule minute…
- J’ai tout prévu. Quand j’avais prévu ma vengeance, j’avais réussi à trouver un site de rencontre sur lequel il passait. Tu pourras prendre contact avec lui et lui faire parvenir une lettre.

Fannie hésita un moment. Elle sentit comme anguille sous roche. Cependant elle n’avait pas pu le soutenir lors de la mort de Galina. Alors elle se disait stupidement qu’elle pourrait peut être lui faire tourner la page. Leur amitié pourrait reprendre là où ils l’avaient laissée.

Thierry aurait voulu croire aux dires de Francis Risano. Mais il restait septique. Il était trop peureux pour imaginer une telle chose. Pourtant il aurait aimé que ce soit vrai pour mettre un peu de piment dans sa vie qu’il trouvait insignifiante, il avait pourtant une petite famille à ravir. Mais ça ne lui suffisait plus, il avait besoin de changements, besoin de se sentir vivre à nouveau.

Il ne lui restait plus qu’à concocter son élixir et à attendre sagement que la fouine de fasse prendre dans le piège. Avant qu’il s’abandonne à son désespoir, il avait élaboré le poison parfait. Une dose de phénol, deux doses de zyklon B et une demi dose D-tubocurarine. Un mélange toxique à retardement. Pour le zyklon B, il l’avait produit lui-même à partir de manioc. Le phénol et la D-tubocurarine, il les avait volés quelques années auparavant dans le laboratoire où il travaillait.


Chapitre 6 : L’élixir de la fouine.

« Un homicide est un meurtre doublement préparé, mais également un meurtre doublement réussi. »

C’était le Jour J, son plan était fin prêt. Sa vengeance allait enfin débuter. Quelques jours avant, il s’était inscrit sur le site de rencontre où la fouine passait quand sa femme n’était pas là. Il avait créé un profil au nom de Fannie avec une photo très avantageuse. Puis il avait discuté avec l’odieux personnage. Ce fut rapide et simple d’attirer l’animal dans le restaurant de son choix. Quelques petites allusions au programme de la soirée, et la fouine était déjà en transe. Perverse, mais prévoyante, la bête s’arrangerait pour que sa femme ne dorme pas chez elle. Ainsi le juge pourrait mourir lentement sans que personne ne puisse venir à son secours.
Son oncle tenait un petit restaurant au nom de « plaisirs enchantés ». L’endroit était parfait pour que la fouine se sente à son aise. Ce genre de restaurant était le repère des couples d’un soir avant de conclure dans une chambre. L’ambiance grivoise, des danseuses en petite tenue et quelques chansons paillardes. C’était tout à fait le genre de lieu que Fannie détestait. Ca lui importait peu. L’important était qu’elle exécute le plan à la lettre. Le frère de son père adoptif était le seul avec lequel il regrettait d’avoir couper les ponts. Il avait été le seul à ne pas avoir ce regard plein de pitié qu’il abhorrait tant. Il avait été le seul à comprendre cette haine même si elle lui faisait peur. Il pourrait donc grâce à ce lien de famille être tout proche de l’animal en pleine parade nuptiale.

Pour Thierry, c’était évaluation physique. Il avait toute une série de test, des courses, mais aussi du tir. Ainsi ses supérieurs évaluaient ses compétences et ses améliorations. Contrairement à ce que pensait Lucie, ce fut un jeu d’enfant pour lui. Il avait une facilité d’adaptation et une endurance très développée sans pour autant nécessiter d’un grand entraînement. Rien de mieux pour cultiver sa fainéantise.

« Qui n’a jamais souhaité revivre sa journée pour effacer ce qu’il a dit ou fait ? »

Lorsque Fannie rencontra la fouine, elle eut un mouvement de recul et se retenue de ne pas faire une grimace. Il était laid. Ses cheveux grisonnants qui recouvraient à peine son crâne étaient gras et plein de pellicule. Il avait de petits yeux enfoncés dans son crâne. Comme si sa vision devait être reliée le plus rapidement possible à son cerveau et son système nerveux primitif. Ainsi dès qu’il voyait une femelle bien en chair, il avait des frissons et de violentes pulsions sexuelles. Ses rides sur son front étaient jalouses du lien sanguin qu’entretenaient ses yeux avec le reste du corps. Alors elles réclamaient les mêmes droits en creusant toujours plus profondément. Ses grosses joues rouges et ses lèvres flétries lui donnaient un air d’alcoolique. Il était squelettique mais avait pourtant un petit bide que laissait apparaître son costume d’apparat. Elle parvint tant bien que mal à faire un sourire de séductrice et ils allèrent s’installer à la table près de la fenêtre comme convenu la veille. Lui la trouvait fabuleuse, elle le trouvait hideux. Elle s’efforçait de rire à ses blagues salaces. Elle regrettait d’avoir accepté d’aider son ancien collègue. En le voyant de près et en l’entendant parler, elle comprenait beaucoup mieux qu’il se soit fait corrompre. Cependant elle l’imaginait mal écrire une lettre d’excuse pour le mal qu’il avait causé. Maintenant qu’elle était là, elle pouvait bien tenir jusqu’à la fin du repas. Elle prit comme dessert la salade de fruit de saison, comme le lui avait demandé son « ami ».

« Si l’on en avait conscience, le fait de revivre sa journée deviendrait vite abusif. Mourir pour revivre. Mourir pour changer ce que l’on a mal fait ou refaire ce que l’on a adoré. La vie serait trop facile. »

Il entra dans la cuisine du restaurant par la porte dérobée à l’arrière du bâtiment. Son oncle l’accueilli bras ouverts. Il l’embrassa affectueusement son neveu avant de se remettre au travail tout en discutant avec son visiteur. Le cuisinier ne lui demanda pas comment il allait. C’est une des raisons qui faisait qu’il appréciait beaucoup son oncle. Pourquoi demander « ça va » à une personne qui ne supporte plus la vie ? Le vendredi soir, le restaurant était toujours bondé. A croire que l’arrivée du week-end donnait des idées perverses à plus de personnes… Il jeta un coup d’œil discret aux bons de commandes. La table numéro cinq près de la fenêtre, arrivé à 19h45, avec en dessert une salade de fruit et un profiterole. Il n’y avait pas de doute c’était bien eux. Alors que le patron dressait le dessert de la fouine, il appela le restaurant avec son téléphone portable. Son oncle soupira puis partit répondre en demandant à son neveu de finir de dresser le dessert. Il mélangea le poison qu’il avait concocté à la sauce au chocolat et la versa sur les choux. Il prit un plaisir malsain à tout disposer dans l’assiette de façon harmonieuse. Un dessert suprême pour une mort sublime. Le plan fonctionnait à merveille, il n’avait plus qu’à attendre que la bombe dans l’estomac de la fouine explose.

La fouine, à son plus grand malheur, rentra seule. La jeune femme c’était empressé de partir. Mais avant de partir elle lui avait laissé une lettre parfumée. Il avait fait la promesse de la lire une fois installé confortablement sur son canapé. Cependant la lettre ne ressemblait absolument pas à ce à quoi il s’attendait. Pas de sous entendus, pas d’érotisme, pas de caractère porno, pas même des mots écrits par une femme.

« Cher ami,
Vous vous attendiez sûrement à une lettre vulgaire ou pornographique. Vous allez être déçu. Vous serez encore plus déçu lorsque vous arriverez à la fin de la lettre. Sachez que la femme avec qui vous avez dîné ce soir a été manipulée pour vous amener dans ce restaurant. Je suis le seul responsable de votre futur état.
Je vis dans la haine et l’injustice depuis que vous avez accordé grâce à un homme méritant pénitence. L’homme n’a pas la capacité d’oublier. La peine peut s’adoucir avec le temps alors que la haine ne fait que s’endurcir. Chaque pensée dirigée vers votre abject visage m’a permis de méditer. Une méditation amère qui m’a fait comprendre que vous êtes un grand homme ! Il n’est pas toujours facile d’être un être pas comme les autres. Mais je vais vous faire connaître une splendeur à votre hauteur ! La mort !
Ne pouvant vous infliger la douleur morale que j’ai subie et que je subirais jusqu’à la fin de mes jours, j’espère vous retranscrire une douleur équivalente mais physique. Pardonnez-moi de ne pas avoir trouvé une reproduction identique à la mienne, je crains même que vous ne souffriez pas assez... Mais en tant que grand homme de la société mondaine, vous qui avez le pouvoir de faire justice, vous comprendrez j’en suis sûr qu’un être inférieur tel que moi ne peux pas tout réussir aussi bien que vous. Je pensais avoir réussi ma vie, mais, Dieu merci, vous avez été là pour me dire que je me faisais des illusions.
Chanceux que je suis, vous avez été trois à me rappeler à l’ordre alors que j’étais trop heureux ! Ne soyez sans crainte, à eux aussi je leur laisserais une récompense encore plus belle que la votre.
Enfin, sachez que vous allez mourir. Un poison mortel coule dans vos veines. J’ai soigneusement calculé, en fonction de votre corpulence, la dose de poison. Ainsi, si je ne me suis pas trompé, les symptômes suivis de terribles douleurs devraient arriver rapidement ou sont déjà là (les petits impatients). Je vous souhaite une belle et longue agonie ! Et lorsque vous rejoindrez Galina, ce sera à plat ventre ! Pour qu’elle puisse essuyer la boue qui souille ses chaussures dans votre dos.»

Les dosages n’étaient pas vraiment justes. Les symptômes arrivèrent alors que la fouine n’avait pas même terminé le second paragraphe. Une horrible douleur martela sa poitrine. Elle se mit à genou pour essayer de contenir la douleur mais en vain. La mort coulait lentement dans ses veines telle son agonie. La fouine se mis ensuite à quatre pattes pour vomir. Elle aurait tant aimé hurler pour extérioriser l’horreur de sa fin. Mais seul du sang sortit de sa bouche hideuse. L’animal suffoquait, chaque inspiration lui donnait la sensation qu’une alvéole pulmonaire explosait. Alors que la faucheuse l’attendait, le carnivore n’avait plus aucun espoir de survie. Plus jamais ses dents pointues ne se refermeraient sur une proie innocente. Plus jamais son regard vicieux ne se poserait sur une belle créature. Plus jamais son cœur ne battrait. Son mal avait dépassé la limite du supportable et continué à s’amplifier. Elle se mit à trembler de tout son être. Des convulsions. Et quand ses membres cessèrent de bouger. Galina se servait déjà d’elle comme d’un tapis.
Avant son tête-à-tête avec Fannie, la fouine avait eut un pressentiment. Elle avait failli annuler le repas. Mais le désir fut plus fort que cette peur au fond d’elle. Qui ne tente rien n’a rien c’était elle dit. Elle avait tenté et était revenu à l’état de poussière.
Le téléphone sonna. Quand Thierry vu la tête abasourdie de son collègue, il sentit une palpitation en lui. Un meurtre avait été commis. Une équipe de quatre policiers allaient se rendre sur le lieu du crime. Il en faisait partit !

Chapitre 7 : Fouine enterrée, Cigale apeurée.

Le spectacle était splendide ! Le cadavre de la fouine était majestueux. Le visage blanchâtre de l’animal et ses petits yeux ensanglantés écarquillés retranscrivaient parfaitement la délicieuse douleur qui l’avait faite périr. Recroquevillée confortablement sur son tapis imbibé d’un liquide putride et de sang, la fouine regardait ses spectateurs avec sa bouche flétrie grande ouverte. Quelques centimètres à côté de l’acteur mort se trouvait une lettre froissée sur laquelle était collée, dans le coin gauche, un papier de bonbon à la menthe. Si l’auteur de la scène avait pu assisté au grand final, il aurait empaillé la fouine afin que le spectacle soit éternel. Mais, à son plus grand malheur, l’artiste se devait de rester derrière les rideaux. Espérant avoir exalter son public, il attendrait sagement qu’on lui décerne un prix.
Ecœuré, ne fut pas un mot à la hauteur pour décrire l’horreur du chef d’œuvre aux yeux du jeune policier. Il avait déjà vu à plusieurs reprises des morts. Mais ce fut bien la première fois qu’il assistait à une mise en scène aussi morbide. L’odeur nauséabonde ne le dérangeait pas car il avait mis une crème odorante sous son nez, cependant le visage horrifié de la victime le perturbait et l’empêchait de se concentrer. Tandis que ses collègues échangeaient des remarques descriptives de la scène de crime, Thierry était aussi silencieux que la fouine.
Il était dans un état d’excitation tel, qu’il ne pouvait dormir. Sa vengeance avait enfin pris forme ! Une première victime. En attendant la nouvelle dans le journal, il préparait sa prochaine apparition en écrivant des lettres. Son meurtre était le crime parfait. Pour lui un homicide réussi n’était pas un assassinat sans preuve mais l’inverse. Il avait laissé volontairement de nombreuses preuves l’accablant. Ainsi il jouerait au chat et à la souris avec la police. Ainsi la cigale serait au courant de sa future venue. Ainsi elle serait meurtrie par la peur avant même qu’il n’est commencé la deuxième étape de sa vengeance. Et lorsque la police serait sur sa piste, on confirmerait à la cigale un petit risque d’homicide sur sa splendide personne. Elle aurait peur, comme lui. Elle ne dormirait plus, comme lui. Elle crèverait, comme Galina. Lorsqu’il eut enfin le journal entre ses mains il éclata de rire. Pas un rire sadique. Pas un rire de joie. Mais un rire de réussite. Un rire triomphant. Cependant il ne criait pas victoire. Il n’avait pas terminé, la suite ne se révélerait pas aussi simple. Etre un fin stratège ne suffit pas toujours, il lui fallait également un peu de chance.

« Un lâche ne sera pas capable d’intenter à sa vie même s’il est certain de ne pas mourir »

Les pistes étaient sous les yeux des policiers. Cependant ils leurs fallut des heures et des heures de recherches avant de trouver quoi que ce soit d’intéressant. Thierry se pencha sur « Galina » citée dans la lettre laissée à la victime. Il chercherait dans les archives tous les procès du juge concernant de près ou de loin une personne nommée ainsi. Ce prénom n’étant pas très usité, il allait bien finir par découvrir quelque chose. Frédérique avait découvert un ticket de caisse dans la poche de la victime pour le restaurant « plaisir enchanté » daté du jour de sa mort. Il y avait également le médecin légiste recherchant le poison qui avait fait succomber la fouine. Et enfin un informaticien, peu doué, recherchant dans l’ordinateur de la victime les derniers sites visités ou autre…
Il connaissait déjà tout sur la cigale, adresse, famille, amis. Rien n’était laissé au hasard. En attendant que la police découvre son identité, il en profitait pour leur préparer un accueil chaleureux. Il profita également de ce temps libre pour se rapprocher de la cigale. Il l’a suivit toute une journée, prenant des photos en toute discrétion.

« Suffit-il simplement de savoir compter jusqu’à deux pour ne pas mourir d’une mort non naturelle ? »

Frédérique et Thierry se rendirent au restaurant où avait eu lieu l’empoisonnement pour interroger monsieur Pucorette, le chef de l’établissement. Les deux autres policiers essayaient d’en savoir plus sur une certaine Fannie avec qui la victime aurait discuté sur Internet. Elle était le principal suspect et le seul. Thierry connaissait bien ce petit restaurant il s’y était rendu souvent lorsqu’il était encore célibataire. Une ambiance sulfureuse, parfait pour rencontrer une conquête pour un soir. Le cuisinier était trapu. Il avait des joues joufflues, des yeux gris-vert, une bouche épaisse rouge et un nez crochu.

- Bonjour monsieur Pucorette dit poliment Thierry.
- Salut, qu’est ce que vous me voulez ?
- On aurait quelques questions à vous poser expliqua Frédérique. Un homme c’est fait empoisonner cette nuit alors qu’il venait de manger dans votre restaurant.
- On me fait chié depuis un bon bout de temps pour que ma cuisine soit irréprochable, vous pouvez venir voir par vous-même elle est irréprochable ! Je respecte toutes ces fichus règles d’hygiène à la lettre. Et croyez moi ça me coûte de l’argent, alors venait pas me dire que ma cuisine empoisonne mes clients ! Ca va m’en faire de la bonne pub je vous jure !
- On parle de meurtre quelqu’un à volontairement empoisonné cet homme. On a retrouvé des traces de cyanure et de phénol dans le sang de la victime. Continua Frédérique tout en montrant la photo de la victime. Etait-il accompagné ?
- Je ne pourrais pas vous répondre messieurs. Hier j’étais seul en cuisine, je n’allais sûrement pas m’amuser à aller dire bonjour à mes clients. Je le connais pas ce gars, tout ce que je peux vous dire c’est que c’est pas un habitué. T’as qu’à aller voir mon serveur au lieu de me les briser et de me faire perdre mon temps.
- Vous savez que vous vous adressez à des forces de l’ordre s’impatienta Frédérique ! Nous enquêtons sur un meurtre, vous pourriez quand même nous montrer un minimum de respect !
- Et alors ? Vous et le tout mou vous allez me coffrer ? Cessez votre cinéma, j’ai du boulot moi !
Frédérique, dépité par le comportement du cuisinier, préféra mettre un terme à l’interrogatoire. Le chef de l’établissement n’était pas très coopératif, et le policier avait compris qu’il ne pourrait rien en tirer. Alors le duo alla poser quelques questions au serveur.
« La nature nous a conçu pour que notre existence soit paisible, elle nous a permit de pouvoir réparer nos erreurs et de continuer d’avancer. Pourtant personne dans ce monde n’est réellement heureux. L’homme est une réussite parfaite sur le point organique cependant le côte psychologique reste à revoir. Nous ne pouvons pas vivre ensemble, il y en aura toujours un pour réduire l’autre à néant. »
Encore une chose pour laquelle Thierry n’était pas doué : les interrogatoires. Tandis que Frédérique soutirait des informations intéressantes au petit serveur, il restait silencieux et bête. Ils apprirent que le juge était accompagné d’une femme blanche brune, d’environ un mètre soixante dix. . Cette femme non plus n’était pas une habituée. Il n’y avait pas plus d’information à recueillir mais Frédérique continuait de demander toute sorte de renseignements au serveur espérant découvrir quelque chose pouvant faire évoluer l’enquête. A peine sortit du restaurant, Frédérique reçu un appel. Leurs collègues avaient trouvés une adresse reliée à l’adresse IP. Elle n’était pas au nom d’une femme mais d’un homme. Ils étaient déjà en route. Frédérique et Thierry grimpèrent rapidement dans la voiture pour les rejoindre.

Il les attendait depuis trop longtemps à son goût. Alors quand il vit arriver au loin les voitures de policiers il ne pu que se réjouir. Chantonnant, il sortit tranquillement et se mêla aux passants marchants sur le trottoir. Il n’avait pas besoin de se cacher ou de courir. Il lui suffisait de ne pas paraître suspect, d’être calme.
Il leur avait préparé un accueil parfait qui, pour lui, était plutôt cocasse. Cela dit, les policiers ne rirent pas. Ils restèrent abasourdis devant la mise en scène dans l’appartement. Un long tapis les dirigeait vers la cheminée. Ce tapis n’avait absolument rien d’ordinaire, il était fait à partir d’un matériau sensationnel ! Des papiers de bonbons à la menthe cousus les uns aux autres. Sur le mur à côté du feu de bois crépitant était accrochés trois splendides tableaux.
La première peinture, sa préférée, représentait le juge mort sur son canapé une lettre à la main. Une larme de sang coulait sur sa joue creuse. A côté du canapé était peint une table en or massif sur laquelle était déposée une énorme assiette de profiteroles. En arrière plan, au lieu d’une belle tapisserie, se trouvait l’œil de providence crachant un éclair pourfendeur.
La seconde peinture représentait la cigale assise sur son beau siège. L’armature du meuble était fait avec des pièces de deux euros et les coussins en billets de cinq cent euros. Le visage de l’insecte était blême, crispé par la peur. Sa main tremblante tenait un journal sur lequel était peint la miniature du premier tableau. La tapisserie avait pour motif des fleurs de lys brodées.
Le dernier tableau relevait plus de l’abstrait. Un être écoeurant mi homme mi crapaud était courbé au centre de l’image. Sur son ventre nu, couleur sang, était graver l’œil d’Horus. Sa langue visqueuse était accrochée à un pantin habillé d’une robe bleue. Mais le muscle visqueux s’apprêtait à être coupé par une paire de ciseaux argentés.
Chaque peinture était encadrée dans un magnifique cadre noir en ébène sculpté. Le titre de chaque œuvre était écrit sur une étiquette d’écolier, collée en bas à droite. La première était nommée « l’élixir de la fouine », la seconde « le proche envol de la cigale » et enfin la dernière « Configuration du supplice du crapaud ».
Il avait attendu longtemps avant que ses invités arrivent. Alors il avait peaufiné chacun des détails pour que leur accueil soit parfait. Il en avait profité pour créer une banderole en papier de bonbon à la menthe. Il l’avait accroché au dessus du tableau de la cigale et y avait inscrit « le compte à rebours a commencé »
La chanson « nocturne en si bémol majeur » de Frédéric Chopin passait en boucle dans toute la maison. La musique classique qui, en ordre général, à des vertus apaisantes faisait l’effet inverse aux policiers. La musique continuait sans jamais s’arrêter. Impossible de trouver sa provenance. Elle s’imprégnait de l’habitat toujours à la même cadence. On aurait cru que toute la maison chantait avec accoutumance. En réalité, elle se moquait d’eux comme si, grâce à sa clairvoyance, elle connaissait déjà la suite de l’histoire. Frédérique ordonna avec insistance à Thierry de prendre le plus de photos possible, pour qu’ils puissent enfin sortir de cette maison dont l’ambiance inspirait la vengeance.

Il avait retiré tout son argent en liquide pour ne pas être suivi à la trace. Il dormirait d’hôtel en hôtel sous des noms de couverture. Il ne craignait pas d’être retrouvé. Les policiers avaient tellement été lents pour arriver jusqu’à lui alors qu’il leur avait laissé volontairement une multitude d’indices. S’il se cachait, les chances qu’il se fasse attraper était des moindres.

« L’homme est plus souvent cupide, égoïste, manipulateur, intéressé qu’honnête, altruiste ou partageur. »

Le tableau de la prochaine victime représentait la mairesse de la ville. Les quatre policiers se rendirent chez elle pour la prévenir du risque qu’elle encourait. Ce n’est pas vraiment avec amabilité qu’elle les reçu. Les politiques n’aiment pas trop voir des policiers chez eux. Peut-être parce que politique irréprochable est un oxymore ; ils ne veulent donc pas de mauvaise publicité et craignent que leurs manigances soient dévoilées au grand jour.

Il choisit l’hôtel le plus luxueux de la ville, c’était un peu pour se féliciter d’avoir réussi sa première étape avec succès. Il s’était installé sur son lit dans le silence le plus profond. Il respirait à peine ne voulant briser ce calme qui l’amenait dans le néant. Un néant qui lui permettait de s’échapper. Une échappatoire qui lui permettait de réfléchir. Une réflexion qui lui permit de s’apercevoir qu’il n’avait pas assez réfléchis. Il n’avait pas deux chances pour réussir ses plans mais un nombre infini ! Il se trouva soudain stupide… Comment avait il pu établir et encore établir ses plans sans même songer à cette évidence ?

« L’humanité fait peur »

- Que se passe t-il ? demanda la mairesse
-Nous sommes venu vous mettre en garde, nous craignons qu’une personne veuille intenter à votre vie. Expliqua Frédérique.
- Vous savez tous les hommes politiques sont en danger. Il y a hélas partout des fous idéalistes. Mais ma maison est plus que sécurisée. Je ne crains rien. Je n’ai pas à avoir peur.
- Je comprends. Cependant nous pouvons poster des unités un peu partout autour de chez vous. Il y a déjà eu le meurtre du juge Efinou.
- J’ai déjà des gardes du corps. Je préfère que vous vous occupiez de l’insécurité de la ville plutôt qu’un excès de zèle. Et je ne vois absolument pas le rapport avec moi de ce juge mort dont le nom m’est totalement inconnu ! S’exclama t’elle en mentant comme elle savait si bien le faire.
- Nous n’en savons pas encore assez, mais ne vous inquiétez pas on finira par comprendre les motivations du meurtrier. Avez-vous déjà entendu parlé d’une certaine Galina ?
- La seule chose que je pourrais dire au sujet d’une quelconque Galina est que ses parents devaient être totalement dépourvu de goût pour appeler leur progéniture ainsi.

Cependant à l’énoncé de ce prénom, elle se sentit blêmir. Elle changea alors d’avis et demanda la protection des policiers. Frédérique comprit aussitôt qu’elle leur cachait quelque chose. La cigale savait exactement qui en avait après elle. Elle ne l’avait jamais vu, cependant on lui avait narré sa réaction violente et les menaces proféraient lors du verdict. Elle aurait préféré le savoir mort de désespoir. Après toutes ses années, cela faisait longtemps qu’elle ne songeait plus à cette sordide affaire. Mais le passé avait ressurgis armé d’une batte de baseball. Elle espérait pouvoir à nouveau esquiver les coups sans dommages collatéraux. Elle devait donc à nouveau étouffer l’affaire. Une mauvaise publicité métrait à néant sa chance de réélection alors que son mandat était presque à son terme.

« Notre monde est idéalisé par l’hypocrisie même »

Deux jours après la visite de Thierry et ses compagnons, la cigale reçue deux lettres du même expéditeur. La première qu’elle ouvrit contenait seulement des papiers de bonbons à la menthe soigneusement défroissée. Elle ne comprit pas de quoi il en retournait jusqu’à qu’elle ouvre la seconde lettre. Dès cet instant précis, son esprit n’était plus du tout apte à être formaté pour les élections de maire et de député. Son esprit était emplit d’un terrible sentiment qu’elle n’avait jamais ressenti auparavant : la crainte de mourir.

« Bonjour madame la maire

Je conviens que vous soyez très occupée mais je me permets quand même de vous écrire une lettre. J’espère que vous prendrez soin de lire toutes mes recommandations. Vous me devez bien ça, c’est grâce à ma souffrance que vous n’avez pas perdu toute crédibilité aux yeux de vos électeurs. Je tiens à vous ajouter que je n’en fais pas parti, cependant je ne pense pas que vous m’en tiendrez rigueur.

Je suis très déçu par votre comportement ! Vous devriez être punis ! Heureusement pour vous, je ne vous ressemble pas, je ne suis pas encore démuni d’âme. Alors je vous laisse la chance de vous rattraper. Mais attention pas de faux pas. Je ne suis pas loin, je vous observe. Pour que je vous pardonne et que votre vie ne soit plus en danger suivez mes règles à la lettre ! En la mémoire de Galina qui était pure et compréhensive je vous laisse le droit à l’erreur. Dès que vous enfreindrez mes règles, je vous enverrai une lettre comme avertissement. Mais sachez que ma patience à ses limites, aussi si les lettres que je vous envoie dépassent le nombre de cinq, vous serez châtiée ! Voici donc les règles à ne pas déroger.

1- Tenez-vous droite
2- Utilisez votre crainte
3- Ecrivez votre peine
4- Subissez mon courroux
5- Marchez vers le néant
6- Ouvrez la porte au diable
7- Retenez vos cris de désespoir
8- Ternissez votre image
9- Ecoutez chanter la mort

Nous allons bien nous amuser, prenez part au jeu car, pour vous, ce sera le dernier. Qui sait ce que l’avenir nous préserve ? Je ne suis pas devin, mais j’ai le pressentiment que ce sera grandiose !

Un ami qui vous veut du bien »


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MessagePosté le: Dim 26 Juin - 16:52 (2011)    Sujet du message: Publicité

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